Croisements
Dernière mise à jour : il y a 5 heures
Une murale née du territoire - dernière mise à jour 17 septembre 2026
English readers: A condensed English version is available at the end of this article.

Derrière cette murale…
Bonjour!
Je m'appelle Annie Labbé et je suis artiste en arts visuels. Depuis plus de vingt ans, j'explore, à travers la peinture, les liens entre la couleur, l'espace, l'architecture et notre manière d'habiter un territoire.
Croisements a été réalisée dans le cadre du Programme de soutien financier aux projets culturels lévisiens, issu de l'Entente de développement culturel entre la Ville de Lévis et le Gouvernement du Québec. Ce projet m'a offert l'occasion de collaborer avec des adolescents du quartier afin de concevoir une œuvre qui puise directement dans son territoire et dans le regard de celles et ceux qui le vivent au quotidien.
Lorsque j'ai entrepris ce projet, je n'avais pas envie d'arriver avec une œuvre conçue en atelier puis simplement déposée ici. Je souhaitais qu'elle naisse du quartier lui-même, de ses rues, de ses habitants et des parcours de ceux qui le fréquentent.
C'est ainsi qu'est née Croisements.
Vous regardez peut-être d'abord les couleurs, les formes ou les lignes du terrain de basketball. Pourtant, cette œuvre a commencé bien avant le premier coup de pinceau.
Elle est née en marchant.
Pendant trois ateliers de médiation culturelle, des adolescents ont parcouru le quartier, observé son architecture, photographié ses rues, choisi les formes et les couleurs qui, à leurs yeux, représentent le mieux le parc d'Aubigny et son environnement.
À partir de cette matière, j'ai transformé leurs observations en une œuvre abstraite dont la structure est directement inspirée du tracé réel des rues du quartier.
L'art ne naît pas d'une inspiration soudaine. Il naît d'un regard attentif porté sur le monde et du désir d'en révéler la beauté.
Marcher avant de créer
La première étape du projet n'était pas de dessiner. C'était de marcher.
Ensemble, nous avons parcouru le quartier, appareil photo à la main, en prenant le temps d'observer ce qui compose son identité : les rues, les intersections, les bâtiments, les arbres, les espaces de rencontre, les perspectives… mais aussi tout ce que l'on finit parfois par ne plus remarquer lorsqu'on habite un lieu depuis longtemps.
Cette marche était essentielle. Elle invitait les jeunes à adopter le regard d'un artiste : ralentir, observer, se poser des questions et découvrir que le quotidien est déjà rempli de formes, de rythmes et de liens invisibles.
Regarder autrement
Lors du deuxième atelier, nous avons revisité toutes ces observations:
Quels éléments reviennent le plus souvent?
Quelles formes caractérisent le quartier?
Quelles couleurs lui ressemblent?
Les adolescents ont identifié les formes qui leur semblaient les plus représentatives de leur environnement et ont sélectionné la palette chromatique dominante de la murale.
Les verts, les bleus et les roses - orangés se sont naturellement imposés. Ces choix ne sont pas les miens. Ils sont le reflet du regard que les jeunes portent sur leur propre milieu de vie.
Transformer le réel
C'est à ce moment que mon travail d'artiste commence véritablement.
À partir d'une vue aérienne du quartier, j'ai étudié la trame des rues, leurs croisements, leurs directions et leur rythme. Cette structure est devenue le squelette de la composition.
Le plan du quartier n'a pas été reproduit. Il a été observé, simplifié, transformé.
Les rues deviennent des lignes.
Les parcours deviennent des mouvements.
Les bâtiments deviennent des formes.
Le territoire devient une composition.
À cette structure viennent s'intégrer les éléments observés lors des ateliers : les grands pins, les cocottes, l'école Champagnat, les maisons du quartier et les espaces verts. Ils ne sont pas représentés de façon réaliste. Ils deviennent un vocabulaire de formes qui se fond dans la composition et dialogue avec l'ensemble de l'œuvre.
Ainsi, la murale conserve l'empreinte réelle du quartier tout en appartenant pleinement au langage de la peinture abstraite.
Une œuvre ancrée dans son territoire
Contrairement à une œuvre présentée en galerie, cette murale ne voyagera jamais. Elle appartient à ce terrain, au parc d'Aubigny et au quartier qui l'entoure. Son emplacement ne sert pas simplement à l'accueillir : il fait partie intégrante de son sens.
Il m'apparaissait donc essentiel que l'œuvre soit ancrée dans son territoire. Qu'elle s'inspire de la structure même du quartier, de ses parcours, de son paysage et de ceux qui le fréquentent.
Le parc d'Aubigny est un lieu profondément vivant. On y croise des enfants, des adolescents, des parents, des grands-parents. On y joue, on s'y rencontre, on y circule, on s'y repose. C'est un espace multigénérationnel où les usages se croisent et où la vie de quartier s'exprime au quotidien.
Cette énergie a guidé la conception de la murale. Pensée comme un espace de rencontre, elle accompagne le mouvement plutôt que de l'interrompre. Les lignes du terrain de basketball demeurent présentes, les déplacements des joueurs activent la composition, et chacun est invité à y trouver sa propre lecture.
Une œuvre publique ne devrait pas pouvoir être déplacée sans perdre une partie de son sens. Celle-ci ne pourrait exister ailleurs qu'ici.
Pourquoi faire de l'art dans l'espace public?
Depuis plusieurs années, lorsque je réalise un projet dans l'espace public, une même question m'accompagne :
À quoi peut servir l'art dans la vie d'une communauté?
Je crois que l’art peut aussi être une façon de prendre soin. Prendre soin d’un lieu, c’est d’abord en révéler la valeur, mettre en lumière ce qui s’y déroule déjà, ce qui rassemble les gens et ce qui fait vivre une communauté. En transformant le terrain, Croisements invite à regarder autrement cet espace familier, à se l’approprier et, peut-être, à avoir davantage envie d’y faire attention. L’œuvre appartient désormais à celles et ceux qui fréquentent le parc et le font vivre.
Pour moi, une œuvre publique ne devrait pas seulement embellir un lieu. Elle peut aussi nous aider à le comprendre, à l'habiter autrement et à renforcer le lien qui nous unit à lui.
L'artiste occupe une position particulière.
Il observe.
Il relie.
Il révèle.
Il fait dialoguer le réel et l'imaginaire.
Il met en lumière des correspondances que nous ne prenons pas toujours le temps de voir.
Les trois ateliers de médiation culturelle avaient aussi cette intention : démystifier le processus de création. Montrer que les œuvres ne naissent pas d'une inspiration mystérieuse, mais d'une démarche faite d'observation, de questions, d'essais, de choix et de transformations.
Créer, c'est apprendre à regarder autrement.
Et c'est peut-être là que l'art devient utile à une communauté : lorsqu'il nous invite à redécouvrir un lieu que nous croyions connaître.
Une œuvre qui appartient au quartier
Cette murale est le fruit d'un dialogue entre un territoire, les adolescents qui l'ont exploré et mon langage artistique. J'espère qu'en la parcourant, vous reconnaîtrez peut-être une direction, une couleur, une forme ou un souvenir. Mais j'espère surtout qu'elle vous donnera envie de regarder autrement ce parc, ce quartier et les chemins que vous empruntez chaque jour.
Car avant d'être une murale, cette œuvre est une invitation à marcher… et à regarder.
Merci aux partenaires de projet qui sans qui tout cela n'aurait pas eu lieu:
Ministère des communications et de la culture (MCC) dans le cadre de Entente de développement culturel.
Ville de Lévis
MDJ- Ados Lévis-Lauzon
Galerie d'art Beauchamp (Labbé, Annie – Galerie d'Art Beauchamp)
Juneau et Frère (Juneau & frères | Magasin de peinture & Décoration à Québec)
Agence Mido (Agence MIDO | Événements & Multimédia | Lévis & Québec)
Collabink (Collab Ink)
MERCI!!!!!
Les étapes du projet
1 ème étape : nettoyage de la surface Fait le 19 juillet
2 ème étape : traçage des lignes du dessin et des lignes de jeu Fait le 20 juillet
3 ème étape : réalisation de la murale Fait du 21 juillet au 31 juillet
4 ème étape : application de l'enduit protecteur Fait le mardi 4 août en avant-midi. Période de séchage de 24 hrs .
5 ème étape : traçage des lignes de jeu Fait le jeudi 6 août entre midi et 14h00
6 ème étape : dernière captation visuel par drone du terrain : fait le 12 août 7h30
7 ème étape : remise aux jeunes qui ont participé aux ateliers de l'impression de la murale et mise en vente des impressions de la murale. Inauguration du terrain . Rencontre qui a eu lieu le 27 août.
8 ème étape : Lien YouTube : Murale Basketball Parc d'Aubigny Croisements
9 ème étape : Mise en vente de l'affiche de la murale lors de la Nuit des Galeries à Québec aux Galeries d'art Beauchamp de Québec le 4 septembre . AVIS ! Déjà plusieurs affiches ont trouvé preneurs via mes réseaux sociaux et mes collectionneurs. Si vous voulez réserver la vôtre, communiquer avec la Galerie d'art Beauchamp :1-877-694-2244 ou 418-694-2244.
COUVERTURE MÉDIATIQUE
Journal de Lévis, 28 juillet 2026 : Démocratiser l’art par la rencontre avec le public
TVA Nouvelles - Québec, 3 septembre 2026, à partir de 19:02 min : Le TVA Nouvelles 17h30 de Québec du 3 septembre 2026. | Le TVA Nouvelles Québec | TVA | TVA+
Merci à la Ville de Lévis, à MDJ-Ados Lévis mais surtout un grand merci aux adolescents qui ont accepté de marcher, d'observer et de créer avec moi! Cette murale porte autant leur regard sur le quartier que le mien.
CROISEMENTS — Art Beyond the Gallery
Croisements is a public art project created on a basketball court at Parc d’Aubigny in Lévis, Québec. By bringing colour and contemporary art directly onto a space dedicated to sport, the project explores what can happen when art becomes part of everyday life.
The basketball court interested me precisely because it was not a traditional place for art. For some people, an intervention like Croisements may be one of their few encounters with contemporary art—not in a museum or gallery, but in a familiar public space they already use.
Where Art and Sport Meet
Sport and art may seem to belong to very different worlds, yet both are rooted in movement, rhythm, repetition, energy and the body.
Rather than treating the court simply as a surface to decorate, I approached it as an extension of my artistic practice. The existing lines, geometry and movement of the game became part of the composition. Colour transforms the perception of the space while the court continues to serve its original purpose: people run, play, gather and move directly through the artwork.
The work is therefore never completely still. It changes with its users, the light, the seasons and the movement taking place across its surface.
Making Art Part of Everyday Life
Public art creates a different relationship with the viewer. There is no need to decide to enter a gallery or museum. The encounter can happen unexpectedly—while walking through a neighbourhood, riding a bicycle, meeting friends or playing basketball.
This accessibility became one of the most meaningful aspects of Croisements. Colour can attract curiosity, make a familiar environment feel different and invite people to experience a place in a new way.
The project also raised a larger question that continues to influence my practice: what happens when art leaves the canvas and becomes part of the spaces we collectively inhabit?
For me, Croisements is not simply a painted basketball court. It is a meeting point—between art and sport, colour and movement, individual experience and public space.
And perhaps that is where public art becomes most powerful: not as something we only look at, but as something we encounter, move through and make part of our everyday lives.
Developed in collaboration with local teenagers and MDJ-Ados, Croisements was also a community-based project shaped by participation and collective engagement, made possible through the cultural development agreement between the City of Lévis and Québec’s Ministère de la Culture et des Communications (MCC).

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